Le romancier Belge Jacques Sternberg observateur des chats

jacques sternberg

Petite introduction de la tradition des chats D'Ypres en Belgique

Tous les trois ans, des milliers de personnes de la ville belge d'Ypres se rassemblent le deuxième dimanche de mai.

Déguisés en chat flanqués de chars élaborés, ils marchent vers la Halle aux Draps, le centre de l'industrie textile florissante de la ville, du haut de la tour duquel ils jettent des chats en peluche.

Bienvenue à Kattenstoet, le festival des chats.

Le festival a été symboliquement relancé en 1938, lorsqu'un groupe de jeunes garçons a escaladé la tour et a jeté des chats en peluche du haut. Mais ce n'est qu'en 1955 que la ville a vu son premier défilé à grande echelle, avec des chars complexes et des milliers de citoyens costumés.

Comme peut-être leur façon de se réapproprier l'histoire sombre de Kattenstoet, les habitants d'Ypres se déguisent en chats, souris, sorcières et personnages historiques.

Accompagnée de musique et de danse entraînantes, de fanfares et de cavaliers, la procession descend les rues avant d'atteindre finalement la Halle aux Draps.

Un bouffon lance des chats en peluche du haut de la tour dans les bras de la foule en bas. Ceci est suivit d'un simulacre de brûlure de sorcière, dans lequel une sorcière fantoche géante est incendiée.

Nombre de concerts et de spectacles autour de la ville caractérisent également Kattenstoet. C'est devenu une attraction touristique majeure en Belgique, attirant des milliers de spectateurs du monde entier, tous impatients d'assister au célèbre festival des chats.

Jacques Sternberg un amoureux des contes et des chats.

Jacques que j'ai bien connu lorsque j'étais libraire à l'écume des pages à Paris était un grand écrivain Belge, il a en effet écrit beaucoup de romans de science-fiction et de fantastique, mais il fut aussi pamphlétaire, dramaturge, essayiste, journaliste, chroniqueur, scénariste, c'est dire la palette incroyable des talents de ce grand passionné des lettres.

Né en Belgique en 1923, son père, un juif diamantaire meure en déportation, en 1946 il épouse Francine et s'installe à Paris en faisant le métier d'emballeur, ses débuts furent difficiles pour être publié.

En 1953 il publie son premier livre : La géométrie dans l'impossible chez Losfeld. De 1963 à 1967 les éditions Julliard lui confient la direction de la collection humour secret pour mettre en lumière les humoristes alors méconnus en France, comme Cavanna.

Dans les années 1970, il oeuvre à mettre en lumière la diffusion de la nouvelle Française et étrangère des XIXéme et XXéme siècle, Jacques Sternberg a aussi collaboré aux éditions de minuit, le terrain vague, Eric Losfeld, Denoël, Calmann-Lévy, Christian Bourgois, Marabout, Albin-Michel, Plon, Belles lettres, etc...

Avec plus de 1500 textes répertoriés à ce jour, Jacques Sternberg est le nouvelliste le plus prolifique du XXémé siècle. Il collabore avec le réalisateur Alain Resnais, il tourna dans quelques films.

Amoureux des chats et de la mer, Jacques Sternberg était un barreur confirmé, propriétaire d'un Zef (minuscule dériveur de 3,60m) il accomplissait de longues randonées même par mauvais temps mais, de part son tempérement anarchiste, détéstait les Yacht club prétentieux et le milieu des régatiers.

Mais sur terre c'est sur son vélosolex qu'il parcouru pas moins de 300 000 km, il en fait un éloge complet dans un chapitre de vivre en survivant : démission, démerde, dérive.

Jacques venait donc me voir à la librairie, c'était dans les années 90 à 95, toujours affublé de son bonnet rouge, j'adorais discuter avec lui, il avait une peur panique de la mort et nous discutions de ses livres que l'on vendait, assez mal je dois dire.

J'ai pu assister à la sortie de : contes à dormir sans vous, histoires à mourir de vous, contes griffus, et, dieu moi et les autres. Ma directrice, qui avait la sensibilité d'un char d'assaut et était  libraire comme je fut astronaute ne l'aimait pas car il était là très souvent, et ne voulait pas que je discute longuement avec cet illustre romancier.

Un type qui était passé chez Pivot, était édité chez Gallimard ou Denoël, qui avait un parcours littéraire et intellectuel si riche, cela l'importuna qu'il vienne respirer l'air des livres et surtout discuter avec moi, mais qu'importe Jacques et moi même discutions à bâtons rompus !

La directrice qui sadisait toute l'équipe de la librairie et me détestait royalement s'en alla après avoir occupé quelques postes dans l'édition, pour finir gérante d'une petite entreprise d'impression numerique...et moi libraire à mon compte pendant près de 17 ans dans le sud de la France.  

Jacques est mort à Paris le 11 octobre 2006 à 83 ans.

Voilà ce qu'un observateur des chats peut dire à leur sujet :

Les chats.

On s'était si souvent demandé, et depuis longtemps, à quoi les chats pouvaient bien penser.

Tapis au plus profond de leur solitude, enroulés autour de leur chaleur, comme rejetés dans une autre dimension, distants, méprisants, ils avaient l'air de penser, certes.

Mais à quoi ?

Les homme ne l'apprirent qu'assez tard. Au XXI éme siècle seulement.

Au début de ce siècle, en effet, on constata avec quelque étonnement que plus aucun chat ne miaulait. Les chats s'étaient tus. On n'en fit pas un drame. En fin de compte, les chats n'avaient jamais été tellement bavards : sans doute ne trouvaient-ils vraiment plus rien à dire à présent.

Puis, plus tard, on releva un autre fait.

Plus singulier celui- là, beaucoup plus singulier : les chats ne mourraient plus.

Quelque uns mourraient évidemment par accident; écrasés par un véhicule, le plus souvent; ou emporté en bas âge par quelque maladie purement pernicieuse. Mais les autres évitaient la mort, lui échappaient, comme si cette fatale échéance n'avait plus existé pour eux.

Cette énigme, personne ne la perça jamais.

Leur secret était simple, pourtant. Les chats depuis qu'ils vivaient sur terre, n'étaient jamais sortis de leur indolence native pour accomplir, comme les hommes, milles petits tours savants. Ils avaient toujours laissés les hommes s'occuper de leur sort, leur procurer la nourriture, le confort et la chaleur artificielle. Eux, libérés de tout, avaient toujours vécu dans une sorte d'hibernation idéale, bien dosée, parfaitement mise au point, ne songeant qu'à mieux se concentrer, douilletement lovés dans leur bien- être.

Les chats avaient eu beaucoup de temps pour penser. Ils avaient beaucoup pensé. Mais alors que les hommes pensaient à tort et à travers, au superflu de préférence, les chats, eux, n'avaient pensé qu'à l'essentiel, sans cesse, sans se laisser distraire. Ils n'avaient médité, inlassablement, au cours des siècles, qu'un seul problème.

Et à force d'y penser, ils l'avaient résolu.

Jacques Sternberg, contes glacés 1974.

Les esclaves.

Au commencement, dieu créa le chat à son image. Et bien entendu, il trouva que c'était bien. Et c'était bien d'ailleurs. Mais le chat était paresseux. Il ne voulait rien faire. Alors, plus tard, après quelques millénaires, Dieu créa l'homme.

Uniquement dans le but de servir le chat, de lui servir d'esclave jusqu'à la fin des temps. Au chat, il avait donné l'indolence et la lucidité; à l'homme il avait donné la nevrose, le don du bricolage et la passion du travail. L'homme s'en donna à coeur joie.

Au cour des siècles, il édifia toute une civilisation basée sur l'invention, la production et la consommation intensive. Civilisation qui n'avait en réalité qu'un seul but secret : offrir au chat le confort, le gîte et le couvert.

C'est dire que l'homme inventa des millions d'objets inutiles, généralement absurdes, tout cela pour produire parallélement les quelques objets indispensables au bien-être du chat : le radiateur, le coussin, le bol, le plat à sciure, le pêcheur breton, le tapis, la moquette, le panier d'osier, et peut-être aussi la radio puisque les chats aiment la musique.

Mais de tout cela, les hommes ne savant rien. A leurs souhaits. Bénis soient-ils. Et ils croient l'être. Tout est pour le mieux dans lemonde des chats.

Contes glacés.

Appelons un chat un chat et la question est de savoir à quoi il pense. Les hommes dans leur incommensurable péché d'orgueil, croient que les chats ne pensent à rien, ou alors aux simples besoins élémentaires : manger, chasser, se nettoyer, baiser. Or il faut bien avouer que ça ne s'arrête pas là.

C'est même tout le contraire. Ils pensent qu'un jour ils vont dominer le monde, ce qui n'a rien d'étonnant avec leurs sept vies (et encore on est pas sûr qu'ils n'en vivent pas davantage). Ils sont structurés en réseau qui essaiment dans le monde entier.

Cela part de la vulgaire chatte de gouttière de ma rue, une mémère m'as-tu-vu de 10 kilos, et ça se poursuit dans toute la ville, ça gagne les régions, les pays, et... tout l'univers. Et encore nous ignorons s'ils ne peuplent pas les autres voies lactées (nous n'y sommes pas allés voir).

Au dessus de tout, il y a leur gourou Chaminagrobis qui a un oeil sur eux depuis la nuit des temps. Il y a bien sûr sa cour et ses épigones qu'il dirige d'une main de maître, mais son pouvoir s'étend bien au-delà. Il suffira, quand il sera prêt, qu'il lève le petit doigt et toutes les chattes et les chats du monde se mettront en marche, se jetterons sur nous et nous détruirons à jamais.

C'est pour cette raison que la vulgaire chatte de gouttière de ma rue, une mémère m'as-tu-vu de 10 kilos, je la traite avec tous les égards dus à son rang. Je prends bien soin d'elle.

L'autre jour je l'ai invité à  ma table, et je lui ai préparé toutes sortes de mets délicats. Elle est, notament friande d'ortolans, je lui en ai mijoté aux petits oignons. Je lui ai passé la serviette autour du cou et je l'ai servi comme chez nos rois dans le temps. Elle me regarda avec satisfaction. Elle a de si beaux yeux que j'en étais hypnotisé. A la fin du repas, elle s'est mise à ronronner en montant sur la table. Elle a levé la queue en signe de remerciement.

Je ne sais pas vous, mais moi je ne résiste pas aux invites. Pour cette raison bêtement humaine, elle s'est retrouvé dans mon lit. Je l'ai prise dans mes bras et lui ai sorti tout le répertoire. Elle m'a renvoyé de l'éléctricité. La chatte s'est faite câline et nous passâme une nuit de rêve. Au petit matin, harassé, elle s'est mise en boule et s'est endormie.

Elle a dû repenser à cette nuit mémorable ou en rêver, car au réveil, elle était dans tous ses états. Moi je ne savais plus où me mettre. En même temps, je ne regrettais pas de m'être sacrifié. J'engage tous les mâles humains à en faire autant. C'est un bon moment à passer. Traiter bien les chattes, car il peut nous en cuire. Quant aux femelles humaines, qu'elles prennent un matou conséquent et qu'elles se mettent entièrement à son service. C'est à ce prix que, peut-être, les chats nous laisseront tranquilles encore quelque temps.

Mais je ne me fais guère d'illusions, ça ne fait que retarder l'échéance. Chaminagrobis attend son heure.

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